Catherine et Yan-Olivier en cavale

À PROPOS DE NOUS, DE NOTRE BLOG ET DE RIEN...

Une page se tourne, l'épopée est terminée.



Publié à 16:36, le 27 juillet 2009, Montréal
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Les saisons du voyage

Pour me sortir du chemin / Qui me conduit dans la poussière / Qui me retient et me fait taire / Le long des saisons sans lumière / Pour me sortir des sommeils / Qui vont mentir jusqu'à offrir / Des paradis qui n'étaient rien / Que terres brûlées sans lendemains / Pour pardonner tous ces remords / Qui n'ont jamais crié colère / Même sur les toits d'outre-mer / Ivre mort à guetter l'aurore / Je frappe aux portes du matin / Plus rien dans les mains / Je frappe aux portes du matin / Pieds nus dans la rosée / Et plus rien à perdre.

C'est à écouter pour la Xième fois ce passage de Vagabondage que notre voyage a véritablement débuté. Autour de nous, dans notre petit logement d'Hochelaga, des boîtes de papiers contenant notre savoir accumulé, quelques diplômes, des bouteilles vides et un globe-terrestre qui sert de prétexte à une rêverie inlassable qui a fait passer la nuit en un instant. Nous avons, il nous semble, déjà parcouru tous les chemins entre Bangkok et Shanghai. Sur bien des plans,  notre voyage est déjà terminé, une théorie qui tait le fait que partir est davantage la fuite de son passé que la découverte de son futur.

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Cela fait maintenant plus d'un mois que le mercure n'est pas descendu sous la barre des 30 degrés, atteignant en moyenne 45 au zénith. Nous épargnons jusqu'à nos mots, témoins muets d'une Inde qui ne parle que du retard de la mousson et de la canicule qui s'éternise. Catherine est d'ailleurs interrogée à ce sujet à la télévision. Plus rien ne nous surprend.

Il y a déjà longtemps que notre passé se résume à une succession de journée d'errance. Où nous allons ne nous importe plus vraiment. Au présent, le voyage se vit comme un exercice d'endurance, un test de plus afin de repousser les limites de notre volonté.

La volonté, c'est d'ailleurs ce qui nous obsède le plus. Tout le débat autour de la question du libre-arbitre nous paraît stérile par rapport à la force de notre entêtement. Depuis toujours, l'homme s'intéresse davantage aux "pourquois" qu'aux "comments", la source de trop de problèmes à commencer par celui de la religion. En Inde, il y a un Dieu pour chaque pourquoi, ce qui n'aide personne à réfléchir à comment s'attaquer à l'anarchie économique qui sévit.

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Au fil des jours, nous découvrons une Inde qui ne ressemble en rien à celle que nous appréhendions. Les rabatteurs sont peu nombreux et plus polis qu'insistants, les commerçants sont sympathiques et plus honnêtes qu'opportunistes et tous les passants nous aident dans le plus charmant des anglais sans même que nous l'ayons demandé. Nous bénéficions en  outre de multiples options de transports efficientes en rapport à leur coût et d'un large choix de logements propres et peu dispendieux. Le choc culturel annoncé par plusieurs s'impose à nous comme une énigme dont la solution se trouve peut-être dans la nature des différentes saisons du voyage.

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Dans l'imaginaire occidental, l'Inde a toujours incarné un exotisme débridé, un univers ou "tout ce qui est humainement possible" se côtoie dans une atmosphère marquée par une spiritualité éclectique. Venant en Inde pour s'imprégner de ce chaos, peu sont prêts à y repartir avec l'image d'un pays en train de se réinventer une modernité séculaire.

Car il faut avoir l'humilité d'avouer que ce qui reste toujours du voyage une fois la routine réintégrée est le plus souvent l'image que l'on s'est construit avant le départ. Inexorablement, le kitsch reprend ses droits sur la réalité aspirée par le temps qui passe. Rien de cela ne vous surprendra, fidèles lecteurs de Kundera.



Publié à 16:31, le 7 juillet 2009, dans 8. Inde, Jaisalmer
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Nos amis du ROC et nous

En cavale à l'étranger, la rencontre de l'autre solitude est à chaque fois l'occasion d'un inconfort diplomatique qui nous en apprend beaucoup sur l'état de nos relations. À notre plus grand désarroi, il semble qu'il faille invariablement que la discussion avorte sur la question stérile de notre "séparatisme" alors qu'il nous paraît qu'il serait dans l'intérêt de tous qu'elle s'enrichisse de nos perceptions mutuelles de nos hôtes, de leur mode de vie, de leur environnement ou de n'importe quel autre sujet de circonstance.

Nous sommes toujours ébahis  par l'image que le ROC entretient  des défenseurs de la souveraineté. Que nous soyons  à la fois éduqués, curieux, pacifistes, bilingues, globe-trotteurs et "séparatistes" paraît à plusieurs une énigme insoluble. Force est malheureusement de constater que le cliché dépeignant les souverainistes comme des bûcherons xénophobes propagé par de nombreux éditorialistes du pays a la vie dure. Partant de la, comment  expliquer à nos nouveaux amis que depuis sa naissance à travers les évènements de 1837-1838, le mouvement souverainiste a toujours été la figure de proue de la pensée libérale au Canada, que ses défenseurs ont entre autres été les premiers à appuyer  le libre-échange et qu'ils seront en toute logique les premiers à endosser l'idée de la dollarisation?

 

Nous sommes aussi stupéfaits de constater à quel point la question nationale semble être un sujet sensible pour nos amis du ROC. La simple vue du fleur de lysée sur nos sacs à dos suffit généralement à les indisposer durablement à notre égard. Que nous approchions en général la question de manière plus posée au Québec peut peut-être s'expliquer par la surexposition du débat national. Il est toutefois intéressant de remarquer que nos plus grands leaders, Ms Lévesque et Parizeau, en sont arrivés à défendre la souveraineté par la tête bien avant que par le coeur alors que devant eux, Ms. Trudeau et Chrétien ont  toujours parut des politiciens au sang bouillant et la réplique sanguinaire. Sans surprise, les discours froids et rationnels des premiers ont toujours paru difficiles par rapport aux rhétoriques sur la peur et le dénigrement articulées par les seconds. Aussi, il faut chercher plus loin la cause de cet abcès émotif qui est allé  jusqu'à légitimer la tricherie en 1995.

Pour nous, il est aujourd'hui plus que jamais clair que le Canada est une illusion disloquée au centre de laquelle git l'utopie du bilinguisme. Malgré le nombre de canadiens de langue anglaise rencontrés en chemin (ici, ailleurs,  et en combien d'autres occasions), jamais il ne nous est arrivé d'être en mesure de partager une discussion en français avec ces derniers. S'il est tout à l'honneur de nos interlocuteurs qu'ils se soient toujours poliment excusés (sauf à l'ambassade canadienne à Pékin ou personne ne semble savoir que le Canada est officiellement un pays bilingue), nous ne leur aurions  pas tenu rigueur s'ils avaient simplement évité la question. Jamais il ne nous viendrait à l'idée d'exiger de vieux amis qu'ils apprennent à faire tenir des coupes en équilibre sur leur nez, un exercice aussi pénible que peu utile.  En revanche, nous avons toujours été heureux d'échanger avec eux dans leur langue.  Tout cela va de soi. Il y a une asymétrie fondamentale entre ce que les canadiens des deux solitudes fournissent en efforts et gagnent en retour de l'apprentissage de l'autre langue officielle, une asymétrie qui fait du bilinguisme canadien une idée saugrenue.

Bien entendu, le Canada bilingue incarné et promu par M. Ignatief est une si belle chimère qu'il réussit presque à  nous y faire rêver. Puis la réalité s'impose de nouveau à nous. Cette réalité est telle que des québécois francophones résidant dans des pays hispanophones ont  le plus souvent  recours à la langue de leurs hôtes pour communiquer aux canadiens anglophones. Plus fondamentalement, il y a  que le nationalisme québécois est plus humble que le nationalisme canadien parce qu'il vise à adapter nos institutions à la réalité, et non l'inverse, une tâche beaucoup plus réaliste. D'ailleurs, aucun des nombreux pays que nous avons traversés jusqu'ici n'a réussi à intégrer des cultures aussi différentes que les nôtres sans heurts.

Si nous sommes encouragés par les évènements à défendre un souverainisme ''défensif'', nous y résistons. Cela reviendrait à affaiblir la base de notre mouvement et de notre conviction en y laissant entrer un cri du coeur qui n'apporterait rien à notre projet.



Publié à 16:17, le 28 juin 2009, dans Psycho pop, Pushkar
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À tout ceux qui croient que nous avons perdu la boule

Assis dans le port de Shimonoseki, il y a deja deux mois, nous venons à nouveau de nous défaire de deux agents après 30 minutes de manoeuvres boueuses. De retour à notre discussion sur la stratégie à adopter pour notre demande de visa russe, nous sommes exaspérés par la rigidité des cultures autoritaires. L'ambassade russe à Beijing n'est pas ouverte aux étrangers et celle d'Ulan Bator exige l’original de la lettre d'invitation, dans le meilleur des cas nous perdrons plusieurs semaines et bien des dollars. Le pire est qu'une fois en Russie, les modalités d'enregistrement des visas ont été réfléchies pour laisser un droit discrétionnaire à des policiers probablement aussi obstinés que nos deux nouveaux amis, mais aussi plus corrompus. En cet instant, nous sommes pour la première fois ouverts à l'idée de sacrifier un des pays auquel nous tenions initialement le plus.

Il n’en fallait pas plus pour que d’une minuscule carte du monde émerge soudainement une pléthore de propositions de rechange; la conservatrice, un transit de 10 jours à bord du transsibérien nous laissant deux mois à dédier aux villes historiques d’Europe de l’Est, la Cath et Yan sur mesure, le même transit rapide en Russie suivi cette fois par deux mois à ‘‘poucer’’ à la découverte des forêts boréales de Laponie et des fjords de Norvège, la Moyen-Orient septentrional, 1 mois sur la route de la soie chinoise avant des transits au Kazakhstan, au Turkmenistan et en Iran pour finalement épuiser le reste de notre temps en Turquie, l’Asie mur a mur, même départ en Chine avant de ‘‘passer’’ vers l’Inde par les montagnes du Nord Pakistan. Très vite, nous sommes attirés par cette dernière proposition saugrenue. Nous sommes depuis toujours réfractaires au sous-continent indien et le Nord du Pakistan est alors pour nous un concept aussi vague qu’épeurant, coincé entre les zones conflictuelles aux frontières de l’Afghanistan et de I’Inde. Comment alors expliquer une décision aussi étrange à ce stade de notre périple? Certains croient que Yan-Olivier aurait perdu la boule fournissant à l'appui des photos prises en compagnie d'un bel étalon, mais qu'en est-il donc réellement?

À priori, l’itinéraire sur mesure partait pourtant avec plusieurs longueurs d’avance. Il nous évitait tous les problèmes de visas et nous offrait en prime l’environnement le plus adapté à notre tempérament. Malgré tout, il nous était impossible de nous y visualiser entièrement. Peut-être parce qu’au Japon nous avons réalisé que nous étions malgré nous de plus en plus insensibles aux beautés des paysages qui varient somme toute beaucoup moins qu’on le croit généralement à travers les continents. Peut-être aussi parce que la diversité culturelle nous apparaissait quant à elle comme une source de curiosités plus difficilement tarissable. Chose certaine, avec le Pakistan et l’Inde à l’agenda nous étions convaincus de rafler la mise sur ce dernier plan. Il nous semblait  dans tous les cas que cet itinéraire complèterait notre compréhension du continent asiatique. Or, après 8 mois sur la route, notre motivation devenait de plus en plus tributaire du sentiment de réaliser quelque chose de constructif.

Pour nous, cet instant restera marqué comme un moment puissant de totale liberté, la démonstration que matériellement, il n’y a plus, pour nous à l’Ouest, de limite imposée à notre volonté. C’était le "monde libre" qui l’instant d’un moment devenait tangible.

À rebours, il est plutôt amusant de se rappeler que depuis notre départ, nous avons systématiquement du défendre notre omission initiale de l’Inde sur notre itinéraire. Aujourd’hui, la fin approche et déjà le mythe d’une Asie figée dans le temps reprend ses droits sur la réalité de l’Asie moderne que nous venons de traverser. Après le Japon et la Chine, l'Inde et le Pakistan auront à coup sûr contribué à ce regain de romantisme!



Publié à 16:37, le 20 juin 2009, dans Psycho pop, McLeod Ganj
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Les plus beaux camions du monde

Rien n'incarne mieux l'âme des habitants du Nord du Pakistan que le flux des camions qui sillonnent la route du Karakoram. Coloré, lent et posé, raffiné et mélancolique tout à la fois. Une fois parti, c'est ce spectacle irréel qui continuera de chatouiller votre imaginaire.

Ornés de cuivre et de bois nobles et couverts des plus belles peintures dans les ateliers d'artisans de Peshawar, Islamabad ou Lahore, les camions, tous uniques, partent lourd d'une symbolique légère vers les hauteurs et les dangers qui les surplomberont durant leur lente ascension.

Il faut voir la dextérité des conducteurs lorsque sur à peine quelques kilomètres ils ont à contourner les lentes avancées des plus grands glaciers du monde sur la route avant d'éviter au centimètre près les résidus des dernières avalanches, éboulis et glissements de terrain du printemps. 25 ans après son ouverture, la route demeure en majeure partie un piste de 4x4 à peine large d'une voie encastrée dans quelques-unes des plus hautes gorges du monde où chaque rencontre est l'occasion d'un savant calcul entre le vide et les parois de roches instables. Un travail qui sera toujours à refaire.

Plus que leur dextérité, c'est toutefois leur générosité que nous avons appreciée. Une fois assis sur le bord de la route, vous aurez rarement à attendre l'autobus avant de vous faire offrir un siège. Les camionneurs pakistanais, comme tous les habitants, ont un don inné de l'hospitalité. Ils vous parlerons fièrement de leur pays, sans pourtant vous gêner d'une consversation forcée, avant de s'arrêter en chemin pour vous offrir le thé et le repas sans même y réfléchir. Au Pakistan vous serez reçu, même à la table la plus modeste, comme un roi.

Lors de notre passage, la petite politique talibanne laissait sa lourde emprunte sur plusieurs sections de la route du Karakoram. Mais les convois militaires n'ont rien en commun avec les camions colorés qui la parcourent, et ce qui attriste le plus les camionneurs et ceux qui les regardent passer, c'est qu'ils savent que chez nous les gens ne connaissent que ces derniers convois au détriment des couleurs de leurs camions et de tout ce qu'elles cachent.



Publié à 23:32, le 15 juin 2009, dans 7. De Beijing a Lahore, Lâhore
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Le tourisme de guerre

 

Serait-ce parce que nous partons mieux informés ou parce que la modernité uniformise et asceptise, au profit des populations locales, tous les milieux, force est de constater que le voyage d'aventure traditionnel est depuis longtemps mort et enterré. Vous aurez beau tout quitter vers où vous voudrez, sans contrainte de temps ou de combats fous contre les forces de la nature vous ne ferez que naviguer dans des sentiers déjà tracés et socialiser avec d'autres bourgeois désespéremment à la recherche d'une raison de vivre. Évitez d'emblée de conclure que nous sommes blasés et demandez-vous plutôt pourquoi la "Course destination monde" a laissé sa place à "The Amazing Race".

De loin, la perspective d'une randonnée à travers les hautes vallées inaccessibles du Nord du Pakistan faisait miroiter la possibilité de quitter le circuit touristique classique et de passer à un nouveau stade de notre fuite. C'est ainsi qu'apeurés devant la fin, toujours inacceptable pour notre immaturité cultivée, nous avons planifié nous enfoncer un peu plus creux dans les méandres de l'Asie au lieu d'en émerger sobrement dans le calme balisé des étendues sibériennes. Une fin de soirée davantage à notre image, croyions-nous. Le fait est que la route du Karakoram s'est d'ores et déjà imiscée dans la tête de tous les voyageurs désirant comme nous métamorphoser le tigre en dragon ou le dragon en tigre. À plus de trois jours de marche de la route du Karakoram, à la frontière de l'Afghanistan, vous croiserez donc encore et toujours d'autres malheureux à la recherche du graal de la solitude et de l'exotisme.

Même rendus là, les esprits les plus romantiques refuseront obstinément d'enterrer le rêve de l'aventure. Ceux-là en sont aujourd'hui rendu à développer un véritable tourisme de guerre (ci-contre Yan-Olivier aux côtés de l'un des milliers de soldats qui patrouillent les rues de Lahore). Malheureusement, il est vrai que les guerres civiles font souvent perdurer ou revivre les coutumes parfois barbares, mais toujours authentiques, du passé et que l'insécurite qui les accompagne se charge d'écrémer ceux pour qui le voyage est devenu au fil des jours l'unique raison de vivre. Sans surprise, les touristes croisés en chemin au Pakistan étaient en vadrouille en moyenne depuis plus de 18 mois (à fin de comparaison, nous avions auparavant croisé deux couples et un solitaire partis un an).

Pour ces "vrais" voyageurs de notre époque (que nous ne sommes heureusement pas encore) traverser le barrage militaire de Peshawar pour entrer dans les zones tribales aujourd'hui controlées par les talibans est un passage obligé. Un touriste rencontré au hasard vous racontera comment trouver quelques-uns des laboratoires où est produit environ 80% de l'héroïne écoulée dans le monde. Un autre vous décrira comment il s'en est sorti lorsque qu'un trafiquant d'armes russe l'a démasqué puis menacé à la pointe d'un vieux kalachnikov. Pour les apprentis, les guides de voyage suggèrent simplement d'embaucher des "guides" pashtun.

Quoique vous en pensiez, ce nouveau type de tourisme extrême n'est déjà plus un phénomène marginal. Les sceptiques iront cette fois lire les chroniques de Brunot Blanchet dans La presse dont le seul intérêt est clairement d'en faire la promotion.

Plus que de repousser les limites géographiques du circuit touristique mondial, le touriste de guerre plonge à l'essence même du phénomène. C'est que derrière l'exotisme se cache d'abord l'insécurité et que le goût d'ailleurs, c'est avant tout le goût du risque. Le voyage, faut-il en conclure, est un phénomène familier au jeu, à la spéculation boursière ou à l'adultère en ce qu'il incarne un exutoire présent à la société conjuguée au futur dans laquelle nous évoluons.

L'objectif du voyageur à long terme est ainsi de goûter à la possibilité d'une vie sans futur au profit des expériences présentes. Voilà pourquoi ceux qui sont envoûtés par le voyage sont souvent ceux qui s'imaginent vivre pour eux, dans le présent, et non pour l'espèce, dans le futur. Bien entendu, la majorité sera bien satisfaite de ne tenir que le discours mille fois entendu du carpe diem, tout en refusant de renoncer à sa sécurité. D'autres imagineront des solutions plus cohérentes mais pourtant plus insensées, dont celle que représente aujourd'hui le tourisme de guerre.

Il est à remarquer que conséquemment à ce qui a été dit plus haut au sujet du voyage et de l'insécurité, le voyageur à long terme s'expose à un degré anormalement élevé de cortisol sur une période prolongée, ce qui est la source du fameux "burn out" du voyageur.

Quant à nous, nous en sommes là, encore loin du "burn out", au camping pour étrangers d'Islamabad, scrutés jours et nuits par notre garde militaire privée. Ces temps-ci, les rues de la capitale sont littéralement occupées par une armée qui paraît pourtant impuissante devant un ennemi invisible. Nous sommes parfois tentés de pousser l'aventure un peu plus loin au Caucase, en Afrique centrale ou ailleurs, mais sommes aussi conscients de l'absurdité infantile que cette tournure revêtrait. Au-delà du goût insatiable du risque, il ne peut y avoir que le renoncement ultime à tout futur. C'est là l'unique porte vers un décrochage complet donnant accès à une vie entièrement conjuguée au présent, une possibilité évanescente même pour l'avant-garde promouvant le tourisme de guerre.

 



Publié à 23:03, le 15 juin 2009, dans 7. De Beijing a Lahore, Islamabad
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Spécial Guatemala I

La lenteur du Sud et le manque de « beat »

Après un certain temps dans ce pays, l’influence se fait sentir. Tout marche au ralenti. C’est une immense roue qui tourne très lentement, en analogie à l’énorme roue qui va à un train fou en Occident. Quiconque veut surpasser la roue s’en voit aux mêmes limites que celui qui veut ralentir son rythme en marge de celle de l’Occident. Dans le Sud, les idées ne fourmillent pas autant. Ces activités cérébrales sont limitées par l’obligation qu’ont les gens de s’armer de sagesse face à l’impossibilité de les mettre à jour. Le problème de l’Amérique centrale est entre autres relié à son intime relation avec le gros Sam. En effet, ce dernier filtre les ressortissants de la doctrine du ralenti. En ce moment, il est encore plus facile pour un Guatémaltèque qui a des idées de grandeur de se « tapper » la traversée clandestine des frontières et d’aller travailler dans de piètres conditions aux EU que de faire profiter son propre pays de son énergie. Le cycle est ainsi lancé, le pays ne construit rien, il reçoit des capitaux américains venus de ces centaines de milliers de clandestins annuels et il se paye des produits importés.

Ici, il est plus sain d’arrêter de penser que d’accumuler des idées inaccessibles. On finit par laisser le temps couler. Ce n’est pas pour rien que la religion est aussi forte, les gens se rendent compte à quel point chaque homme a très peu d’influence sur son sort. Il est donc plus rassurant de se replier sur Dieu que sur soi-même. Fait divers : Comme dans toute l’Amérique latine, il y a actuellement une montée fulgurante de l’Église évangélique. Aux dires de certains, cette religion, axée sur l’acceptation de son sort, serait fortement encouragée (financée) par le gouvernement et par certains capitaux étrangers. Un peuple qui vit dans l’ignorance et qui refuse de lutter est beaucoup plus rassurant pour les investissements, surtout en pensant que ce pays sort tout juste d’une sanglante guerre civile.

Planifier quelque chose tient souvent du hasard. Ici, on apprend à accepter les imprévus. Tout ceci réduit grandement notre impression d’intervenir sur notre milieu. Ici, la vie des gens tient moins de eux-mêmes que du hasard des événements. En Occident, le système a été monté de telle sorte que lorsqu’on lance une bille, on puisse prévoir, à un taux statistiquement élevé, où elle va finir. On a donc une forte influence directe sur son sort, selon la façon dont on la lance. Les intermédiaires entre l’Homme et le résultat sont organisés de façon quasi automatique. Chacun fait partie de la chaîne de montage pour son propre profit. C’est souvent ce que l’on reproche du monde du Nord, la méchante Machine. La bille du Sud tient principalement au hasard, surtout quand on essaye de la lancer loin. On ne peut pas avoir vraiment confiance aux intermédiaires. C’est un peu la théorie des jeux. Ici, les gens ont encore plus d’intérêt à tricher. Ça revient à la théorie des pays enfants, à la loi de la jungle.

D’où vient cette lenteur? Sans doute l’impact du climat, naturellement ! Il y a le poids de l’Histoire aussi. C’est triste à dire, mais les méchants Américains ont joué leur rôle. Pour qu’une société fleurisse et s’active, il faut de la sécurité alimentaire. Les meilleures terres ont longuement  et encore été aux mains des Méchants……. À suivre.



Publié à 12:47, le 6 juin 2009, Departamento de Huehuetenango
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Spécial Guatemala II

Équilibre Nord-Sud (petite pensée sur la pensée ou cercle vicieux)

Au Nord, trop de possibilités pas assez de temps.

Au Sud, pas assez de possibilités bien que le temps ne manque pas.

Rien ne sert de penser si on ne peut agir, les pensées ne viennent pas lorsqu’il manque de stimulations, de choses à régler. Le plaisir de penser vient de pouvoir se libérer l’esprit du désordre de la vie. Pour percevoir le désordre, il faut des stimulations, des informations à gérer; lorsqu’on est limité dans l’action, comme dans le cas des gens du Sud, on reçoit peu d’informations. Dans le Sud, le mouvement nécessite tellement d’efforts, qu’il est difficile de profiter des possibilités qu’offre le temps. C’est pourquoi les gens du Sud, ayant fait le plein de temps, veulent aller au Nord pour se faciliter l’action. À l’opposé, les gens du Nord agissent plus qu’ils ne pensent. Leur trop plein de stimulations issu de l’action les amène vers le Sud pour faire le vide et mettre en ordre; mais ceci n’est que pour une durée limitée. Après peu, il leur manque de stimulations, de problèmes à régler, de raison de penser, d’actions à poser … de raison de vivre.

En résumé, les expériences et leurs informations apportent des problèmes. Pour les résoudre, il faut réfléchir. La réflexion nous fait comprendre et nous libère du poids des problèmes, qu’ils soient physiques ou psychologiques. Par conséquent, on réfléchit pour se libérer. Pour cela, il faut des choses à comprendre, des informations. Ces informations proviennent de l’action. En finalité, tout revient à agir. Pour s’accomplir, L’Homme requiert la possibilité d’agir. Le sens de la vie vient des actions qu’on peut faire pour, au bout de la ligne, se sentir libre.

Dans le Sud, rien ne sert de penser puisqu’on ne peut agir. Il ne reste qu’à vivre sans s’accomplir.



Publié à 12:02, le 6 juin 2009, Departamento de Huehuetenango
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Spécial Guatemala III

Ces pays enfants

Souvent, dans mes moments de lucidité, j’ai l’impression qu’une société n’est qu’un organisme humanoïde plus complexe. En fait, chacun d’entre nous avons le rôle de contribuer à fournir un équilibre précaire à cette grande personne qui évolue à notre rythme. Naturellement, la plupart sont limités à une simple molécule de lipide fixée à la paroi d’une cellule, pendant que d’autres bénéficient de la mobilité d’un globule rouge ou de l’énergie d’un influx nerveux. Tout cela sous la surveillance de ceux qui évoluent à la tête. Une belle image pour arriver à l’idée qu’en observant attentivement notre évolution au cours de notre propre vie, plusieurs analogies avec l’organisation du monde nous sautent aux yeux.

Cette pensée a refait surface lors de notre longue balade guatémaltèque. Ici, nous avons eu l’impression de faire un saut dans notre passé. L’époque où nous étions encore enfants. On vieilli et devient un adulte un peu comme mature une société. On reçoit de l’éducation, on vie des expériences, on se détache de notre berceau, bref … on apprend à penser à l’avenir. C’est drôle parce que depuis notre arrivée dans le pays, nous nous sentons tellement plus sage que nous nous disons que ça doit être relatif à notre nouvel environnement. La première chose que tout bon Occidental remarque en côtoyant ce bon petit peuple, c’est à quel point il a une âme pure (tels des enfants), mais un manque de civisme récurrent. Il ne suffit que d’aller au marché voir les gens se bousculer pour devancer tout le monde dans une file d’attente ou d’observer leur course effrénée lorsque, lors d’une réunion, on annonce l’heure du lunch. Également, vous pouvez sûrement imaginer leur conduite sur la route … un vrai chaos ou plutôt, un jeu. Pour ce qui est de leur conscience environnementale, il ne suffit que de mentionner l’écriteau fièrement affiché à l’entrée d’un bus : « Gardez l’autobus propre, veuillez jeter vos déchets par la fenêtre! ». Outre cet aspect, voici un défilement d’exemples de parallèles entre leurs agissements et celui d’un enfant.

-         De façon générale, ils ont un goût peu développé. Ils ont de la difficulté avec tout ce qui est acide et amer, ce dont on apprend à aimer en vieillissant.

-         Ils évoluent dans un univers très peu réglementé. Lorsqu’il y a des règles, elles sont rarement respectées. Un enfant n’est jamais autant heureux que dans un monde sans règles.

-         La population a le réflexe de vivre au jour le jour. Elle n’a pas encore assimilée le concept de prévoyance et de construire à long terme, du moins beaucoup moins que nous. Ici, toute planification tient au hasard des choses.

-         Un aspect très anecdotique de leur personne, est leur fort besoin de familiarité. Surtout dans les campagnes, les gens font très peu semblant. Tant que tu ne peux leur faire montre d’une quelconque familiarité, ils vont rester réticents ou ils vont avoir peur. Pour une bonne approche, il faut agir un peu comme eux, manger la même nourriture, parler comme eux, nommer des noms de personnes ou de lieux qu’ils connaissent (un peu comme un inconnu qui dit à un enfant pour l’amadouer : « Je connais ton père »). Bref, il faut qu’ils reconnaissent ton odeur. 

 En gros, c’est un peuple qui vit par instinct, ce dont tout Occidental travaille à oublier, mais dont il continue de s’ennuyer beaucoup.

Quel est le résultat d’un pays qui évolue encore au stade enfant? C’est, en quelque sorte, voyager dans le passé du Québec. En effet, on se croirait quasiment dans les années duplessistes. Plusieurs caractéristiques du mode de vie urbain et rural des guatémaltèques peuvent faire sourire plus d’un historien. Premièrement, la variété culinaire est très limitée. On y mange presque exclusivement des patates, du maïs, des fèves et des bouillis. Deuxièmement, la place des femmes y est très réduite. Souvent confinée à la maison ou à des métiers traditionnels, son rôle et son niveau d’instruction revient principalement à ce qu’il était au Québec des années 50. Troisièmement, la quête de l’Amérique. Ce phénomène rappelle l’époque où les québécois se rendaient aux « States » pour travailler et bavaient face à leur culture. Les Guatémaltèques actuels vivent dans un sentiment d’infériorité face à l’Occident, on pourrait dire qu’ils se sentent « Petit peuple ». Par-dessus tous ces exemples, le principal parallèle est l’omniprésence de la religion dans l’ensemble du pays. De culte chrétien, principalement catholique et de plus en plus évangélique, les guatémaltèques conservent encore beaucoup de rituels tels que les processions et la présence quotidienne ou hebdomadaire à la Messe. La présence d’icônes dans tous les lieux publics et surtout les remerciements continus à Dieu montre le poids sous lequel vie cette société qui est non sans rappeler les années noires du Québec. Ravagée par l’Histoire, la population vit dans une ambiance plus sombre que ce que l’on penserait des peuples latins. En effet, on ressent une grande introspection dans le fait que la fête la plus importante du pays soit le Vendredi Saint (l’acte la Crucifixion est jouée dans tout le pays lors de cette journée) alors que Pâques (Résurrection) passe presque inaperçue. Tout cela porte à croire que le Guatemala est en attente de sa Révolution qui ne pourra être Tranquille.

En résume, au Québec, on se donne les moyens d’apprendre. La priorité va à l’expérience personnelle, pour que chacun contribue à faire grandir le pays. Notre société est ainsi conçue pour que l’Homme ait la liberté de vivre beaucoup d’expériences. Ce n’est pas pour rien que le Québec puisse jouer au père avec les pays du tiers monde.

Malgré tous ces dires qui peuvent paraître péjoratifs, le Guatemala demeure l’un des pays les plus passionnants de mon parcours de vie et, après un certain temps passé là-bas, on se surprend à se sentir bien dans cette belle simplicité. Il nous ramène où l’on a jamais été aussi bien … à l’enfance.



Publié à 12:00, le 6 juin 2009, Departamento de Huehuetenango
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Glacier Breeze Restaurant

C'est assis sur un tracteur tirant une charette de roches que se termine notre virée le long du glacier Batura près de l'attachante petite communauté ismaélite de Passu dans le Nord du Pakistan. Après cinq jours de marche difficile à travers les amas rocheux de moraine, les innombrables résidus d'avalanche et ponts de glace et le glacier lui-même, cela ne pouvait se terminer autrement.

Nous salivons déjà à l'idée qu'Ahmed Ali Khan, notre sympathique hôte, nous servira à son meilleur la gastronomie qui a rendu la vallée de l'Hunza célèbre. À base de farine de blé entier, d'apricot, de fromage de chèvre et d'herbes des montagnes, cette dernière regorge de saveurs aussi subtiles que rafraîchissantes. Potage aux apricots, chapatis gratinés au fromage de chèvre recouverts de menthe fraîche et badigeonnés d'huile d'apricot, tourte au poulet, tomates et oignons assaisonnée à la menthe, au chili et au cumin, le tout accompagné de thé vert aux herbes locales ayant, dit-on, la vertue de combattre le mal des montagnes, voilà autant de découvertes que vous ferez à la table du Glacier Breeze Restaurant.

C'est cette cuisine équilibrée qui expliquerait la longévité des habitants de la vallée dit "des centenaires". Le fait que les grands parents d'Ahmed, tous âgés entre 80 et 92 ans, aient pratiqué leur vie durant une agriculture de subsistance n'empêche pas leur vivacité spectaculaire. Depuis que la vallée est sortie de son isolement il y a de cela seulement 25 ans à la suite de la construction de la route du Karakoram la tradition culinaire de la vallée se perd au profit des saveurs plus pimpantes des cuisines pakistanaise et chinoise. Ahmed s'est donné comme mission de la préserver.

 

1000 mètres plus haut dans les pâturages d'été de Yashpirt, nous avons été acceuillis par un autre couple âgé fier de nous entretenir sur la vie du village. C'est en groupe de 4 à 6 que les habitants de Passu se relaient à chaque semaine. Ici, les bergers veillent à rassembler le troupeau de chèvres et de moutons avant que ne tombe la nuit afin de les protéger des prédateurs, principalement des chacals, mais aussi quelques léopards des neiges. Matin et soir, ces derniers s'affairent par ailleurs à recolter la laine tandis que les femmes récupèrent le lait qu'elles transformeront en yogourt et en fromage. Au village, la laine sera plus tard transformée en tapis qui seront échangés contre d'autres denrées. Seuls les plus vieux animaux seront abattus à l'automne venu afin de subvenir aux besoins des habitants pendant la saison froide.

Encore un peu plus haut dans la vallée ou les yaks paissent tout l'été, nous croisons un spécimen mort. L'événement affecte grandement notre porteur (aux côtés de Yan-Olivier sur la photo lors de notre retour triomphal!) qui aura plus tard la dure responsabilité d'annoncer la nouvelle à la famille qui en était propriétaire. La perte d'un tel animal sera difficile a encaisser, nous explique-t-il.

En chemin, nous apprenons aussi que les bergers ismaélites qui peuplent la région sont venus du Tajikistan par la vallée du glacier Batura qui offre une des rares porte d'accès à la république à travers le corridor Whakan en Afghanistan. S'étant initialement développée dans les montagnes du Nord-Est de l'Iran, l'église ismaélite est la plus libérale des trois principales confessions de l'Islam (toutes pratiquées au Pakistan). C'est ce qui explique qu'à Passu, la présence de l'Islam est à peine visible.

Le royaume de l'Hunza fait aujourd'hui partie des territoires du Nord dont le statut juridique est différent des provinces pakistanaises. Les habitants y élisent une assemblée régionale qui se charge ensuite de négocier avec le gouvernement central. L'annexion au Pakistan, pays à large majorité musulmane, est toujours perçue positivement puisqu'elle protège la region des visées territoriales de l'Inde et de la Chine. Les relations avec les pakistanais du Sud, tout comme celles avec les chinois, sont toutefois difficiles. L'afflux monétaire apporté par ces derniers est perçu comme la cause de l'inflation qui a frappé les prix des denrées alimentaires dans les dernières années. Depuis 2001, le climat économique est morose en raison de la léthargie du secteur touristique. Le souhait de la population locale est que le gouvernement profite de l'offensive récente pour en finir pour de bon avec les talibans.

Voilà, si vous n'avez toujours pas envie de visiter Passu, nous ne nous pouvons plus rien pour vous!

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Il est possible de camper derrière le Glacier Breeze Restaurant d'où il est facile d'organiser de multiples treks. Nous recommandons chaudement de faire des provisions des délicieux plats déshydratés emballés sous-vides préparés sur demande par Ahmed. Pour plus d'informations rendez-vous au www.gulbaturpassu.com et au www.passuwebs.com.



Publié à 12:36, le 5 juin 2009, dans Experiences et incidents culinaires, Baltit
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